Les investissements réalisés à partir des placements bancaires et financiers (comptes courants, épargne, prêts, assurances, etc.) induisent un volume d’émissions de GES particulièrement important : d’après les estimations existantes, nous « émettrions » plus de GES via nos dépôts en banque, que par notre propre consommation de biens et services !
Pourtant, le secteur bancaire est souvent ignoré dans les plans et stratégies climat, aussi bien en Suisse qu’à l’étranger. Cela s’explique (entre autres) par le fait que les émissions issues des placements bancaires et financiers sont doublement indirectes. En effet, l’argent que nous déposons en banque sert à financer des projets plus ou moins carbonés dont la réalisation se concrétise principalement à l’étranger. Étant majoritairement extraterritoriales, ces émissions sont donc indirectes tout d’abord d’un point de vue géographique (c’est-à-dire qu’elles sont générées en dehors du territoire cantonal).
Par ailleurs, ces projets ne sont pas accomplis directement par les banques elles-mêmes, mais par des secteurs économiques divers et variés financés par les banques dans lesquelles nous déposons notre argent. Ce financement peut être immédiat (lorsque les banques financent une activité spécifique ou lorsqu’elles font un prêt associé explicitement à un projet) ou par intermédiation (par exemple, lorsque les banques investissent dans les marchés financiers à travers l’achat d’actions ou d’obligations, et que ces investissements sont destinés à des entreprises opérant dans des secteurs d’activité plus ou moins fortement carbonés). Dans tous les cas, les émissions de nos placements ne sont donc pas « importées », comme cela est le cas pour la plupart des biens et services consommés à Genève (émissions dites de scope 3), mais « juste » financées. D’un point de vue pratique, la responsabilité de la clientèle bancaire genevoise par rapport à cet impact carbone n’est donc qu’indirecte. Toujours est-il que sans ces placements et sans les financements qui s’ensuivent, ces émissions de GES n’auraient probablement pas existé. Par conséquent, tout en étant doublement indirect, un lien existe bel et bien entre nos comportements de consommation dans le domaine bancaire et l’impact carbone qu’ils induisent parfois à des milliers de kilomètres.
L’Etat dispose de peu de leviers pour transformer les choix de placements mis à part ceux de la caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG). Celle-ci a d’ailleurs reçu la 2e meilleure évaluation possible (vert clair) au dernier rating de l’Alliance Climatique Suisse. Malgré ce manque de leviers, l’Etat peut tout de même jouer un rôle capital dans la décarbonation du secteur en informant et sensibilisant la population et en communicant autour des démarches vertueuses.